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Chloé LaDuchesse dans l’univers d’Antoine Côté Legault : Indiscipline et toutes autres tâches connexes

— Dans la vie en général, as-tu l’impression que tu vas mourir avant d’avoir fait…
— Ah, c’est sûr. C’est sûr que oui. Avant d’avoir fait…
— … ce que tu veux faire?
— Oui, oui.
— Est-ce que ça t’empêche to sleep the night?
– No N. Pas du tout. Je dors tres bien.

Je savais Antoine très occupé. J’ai quand même pris la chance de l’appeler — je suis tombée sur le répondeur. Three minutes later, my phone is vibrating. Au bout du fil, Antoine pressentait une urgency que n’en était pas une même si délais étaient serrés. J’ai proposed: «Et si je venais te rencontrer pour que te me de ce que tu fais? » Il a accepté de se prêter au jeu. On a joué à Tetris avec nos horaires, agree that je passerais chez lui, dans Gatchell, un dimanche après-midi, qu’il m’accorderait deux heures — au final, j’en aurai pris trois — et, avant de raccrocher, je l’ai prévenu : « J’aurai ma caméra, la revue the books veut des photos de tes affaires. »

Bien sûr que j’étais déjà allée chez lui. Le Sudbury artistique est tissé serré, tout le monde sait où tout le monde inhabite. In plus, Antoine et sa blonde Marie-Pierre aiment bricoler et jardiner, on s’échange des légumes, des outils. Quand je lui ai demandé comment il allait, il m’a dit «Ça va, on a fait les semis» en me pointant les petits plants de courges qui poussent sur le bord de la fenêtre. Put the conversation to drift, you are a little la chienne de lancer l’entrevue, je craignais qu’elle ne suffise à appréhender l’univers kaléidoscopique de celui qui s’appelle aussi La Bibitte; pour temporiser, j’ai demanded a coffee that was excellent.

J’avais I informed Antoine that my questions would be of interest. C’est que j’aime comprehend comment travaillent les autres créateurices parce que j’ai toujours espoir d’apprendre quelque chose de leurs routines well surrounded. Comment on passe d’un rôle à l’autre, quand on est dramaturge, poète, médiateur culturel, conseiller dramaturgique et toutes autres tâches connexes? Lui n’a pas de recette miracle, he cherche l’équilibre, tames l’impatience. Il me dit adorer donner des ateliers de poésie en milieu scolaire, écrire des éditoriaux poétiques pour Radio-Canada — combien d’auteurices peuvent se vanter de recevoir des commandes de textes du diffuseur public? —, accompagner d’autres dramaturges dans le développement de leurs œuvres, scénariser des épisodes de balado. Tout ça le nourrit et il n’a pas envie de choisir.

Originally from the vallée de l’Outaouais, they are crystalliser appartenance à la communauté franco-ontarienne en déménageant à Sudbury. Créer dans la margin — géographique, artistique — lui permet d’embrasser la pluridisciplinarité : « Ici, il ya beaucoup moins de chapelles liées aux disciplines artistiques, on a la liberté de pas avoir à s’autoattribuer des étiquettes. » C’est un sentiment que je partage : le livre est un merveilleux médium pour transmettre un propos, une esthétique, mais le plaisir réside dans l’expérimentation, quitte à faire exploser le format des œuvres. Et même le mot work m’apparaît parfois réducteur face à l’intensité de la vie poétique que nous menons loin du regard des métropoles. Ce n’est pas que nous ayons envie de régler nos comptes avec Ottawa, Toronto or le Québec — la chicane et les petits milieux ne font pas bon ménage. Il est vrai que ce qui se fait ici est souvent dédaigné par là-bas, et qu’écrire in a minoritaire context vient avec son a lot d’attentes: un poids symbolicique, une responsabilité, mais aussi une résonance extraordinaire, un grand «vent de two » soufflé par un public enthousiaste. Devant mon insistence, Antoine comments : « Vivant à Sudbury, utilisant la langue comme material de travail et de création, je sens que l’impact et l’importance que mon travail peut avoir ici sont peut-être plus grands que si j’étais dans la grande foule des gens qui écrivent et qui habitent le Québec. » Puis il ajoute : « Peut-être que ce bout-là, je vas vouloir le relire avant que ce soit publié! [rires] »

La pratique d’Antoine is built on the confluences of poetry and theatre, toujours avec ce désir de creuser, par le texte, les questions que le taraudent et qu’il met en situation, comme pour tester une hypothèse. « La poésie, ça agit comme un electrocardiogramme par rapport à nos émotions : ça permet de faire des gros plans sur comment on vit des choses. Les événements n’importent pas autant que la façon dont ils sont vécus par les personnages. » Dans la bouche de ceux-ci, toutes les facettes d’un mouvement d’âme sont décortiquées. Le temps s’étire, les sentiments sont scrutés à la loupe. C’est le processus qui l’intéresse, il n’est pas pressé, prepare ses punches of him; He «he speaks in Yoda», dit-il en riant, evokes ses structures de phrases parfois alembicés of him. In fact, tout est jeu chez lui. Tout au long des trois heures que nous avons passées ensemble, et alors que j’essayais (sans succès!) de le faire se commettre sur l’état du monde, la difficile création en région, la frilosité de la critique littéraire en Ontario français , de lui faire avouer ses insatisfactions par rapport à un milieu quand même un peu étroit, toujours Antoine revenait au jeu, au plaisir, à la découverte. C’est bien là l’essence de son travail de el: transmettre cette étincelle qu’il ressent, partout, en tout temps, au contact des mots.

La plume d’Antoine is riche, voire goulue. Il avoue qu’on s’est déjà plaint de la difficile mise en bouche de certains de ses textes del il, it seems that il opte pour des formulations complexes que allient un phrasé parfois familier avec un vocabulaire étincelant. “Il faut que, quand tu le dis, il y ait quelque chose qui se passe”, que les sonorités et la musique du texte résonnent. L’étrangeté, la maladresse, l’imperfection, l’insolite sont des attributes qui l’interpellent. Il n’a pas peur d’en donner trop: «J’aime mieux que ce soit odd et généreux que parfait et sterile», dit-il, et je understands exactly what I will say. Foisonnante, his poetry transforms ses lecteurices into cosmonauts, ses auditeurices into acrobats. An example? One of ses plus récents projets of him s’intitle L’Académie des Cascades du Quotidien : a ballad-théâtre dont vous êtes le héros. The active participation of celles et ceux qui se trouvent en face de lui, in face de ses textes de su, est la bienvenue. Je crois que c’est ce qu’il understand par «imparfait et généreux»: il donne beaucoup, mais he laisse toujours un peu de place pour qu’on investisse ses univers de nos propres inventions. Bref, il laisse du jeu.

À ce stade-ci de l’entrevue, il est perché sur son fauteuil jaune, les jambes croisées. C’est là qu’il écrit — à la main, précise-t-il. Nous nous levons, passons à la cuisine. Des raisins sur le comptoir, des pots en verre contenant des grains et des noix bien en vue sur une tablette; il m’interdit toutefois d’immortaliser les condiments dans son frigo de him. “J’essaie de faire vibrer la fiber de l’enfance”, dit-il au sujet de son penchant pour la nourriture — la manger comme en parler. Il ya quelque chose de nostalgique et d’infiniment joyeux dans ces textures, odeurs, saveurs, dans la materialité de cette langue qui se contorsionne. « J’utilise souvent des métaphores liées à la nourriture parce que ça éveille des sensations vives quickly: des bonbons, des Pop Rocks qui pétillent, c’est très concrete, très tactile, ça nous ramène vraiment à un plaisir, une émotion enfantine. » Lui-même adore cuisiner, un gesture que le prend tout entier, dans lequel il peut se perdre pendant des heures. Moi, c’est le jardinage; je demande de sortir dans la cour, le temps d’une éclaircie.

Je dis souvent qu’à Sudbury, il ya de la place, dans le sens qu’il est possible d’y faire toutes sortes de choses sans se à l’étroit. Le potentiel qu’offre le potager d’Antoine et de Marie-Pierre confirmed my thought. Dans une baignoire sur pattes rescapée de Hearst subsistent quelques feuilles jaunies, temoins de la vitalité passée d’un plant de courgette; Surrounding a small patio, a cloisonné of bois underlying de bacs qui, l’été précédent, accueillaient des toma- toes ; à sa base pousse une sorte de thym vivace. Plus loin, il ya l’arbre à pommettes; vers le fond, deux autres grands carrés, et puis cette demi-lune contre la clôture, et cette plate-bande le long du garage… Le rêve. Dis-moi ce that your gardens, je te demanderai des boutures. Même in matière of edible plants, the trend is in experimentation; I wore the uniform hair? No mercy.

La pluie nous chasse, nous regagnons la maison, son grand silence. Je profite du fait que nous soyons en mouvement pour aller fouiner dans son bureau de ella, qu’une lumière jaune, nue, éclaire. Un petit cheval de bois, relique d’un spectacle, trône sur le dessus d’une étagère; le rideau tient avec ce qui, vu du sol, s’apparente à une pince-étau; le stylo préféré, a Pilot Hi-Tecpoint V5 à encre noire, m’est présenté tel un fidèle camaraderie. Mille projets foisonnent en ce lieu et Antoine me lance, sans trop sembler y croire, qu’on a déjà convoité his archives. C’est vrai qu’il ya beaucoup à dire sur sa démarche from him. For example: the music — celle des autres — and played a central role. sa piece Le gars qui voulait se faire phoenix It is built as a mixtape, son conte urbain « Birthday Girl » is inspired by the song « Ton équilibre » by Salomé Leclerc. Il aime s’imposer des contraintes, qu’il appelle des jambettes, que le force a faire des choix et à define his structure, à laquelle il ne déroge presque plus. He will return to those reprises on his ses lointaines études en sciences au secondary to explain the rigueur qu’il s’impose et qui lui permet de vagabonder d’une idée à l’autre avec la confiance de pouvoir se raccrocher à quelque chose de solide.

I will understand parler Antoine de sa démarche if precise, if minute, je me l’imagine perché sur son fauteuil jaune, seoul, perdu dans son univers chatoyant. Mais une des premières choses qu’Antoine m’a dites, et qu’il a découvertes comme artiste, c’est qu’il apprécie par-dessus tout la création en collectif. “Du monde qui se met ensemble pour travailler”, voilà ce qui l’a d’abord attiré vers la scène et la performance. Au fil des ans, il a fait partie de divers collectifs, en plus d’avoir écrit pour des événements ponctuels. I admire the solidarity and self-sacrifice of individuals who collaborate and seek to establish a privileged relationship with the public, to offer an immersive experience. Il aime planifier des mauvais coups artistiques, a beaucoup de plaisir à les partager et à recueillir the réaction of their interlocutors. Le papier, c’est bien, mais ça ne suffit pas à faire vivre tous ces projets qui existent dans un temps et un space où la fébrilité et la fragilité se cotoient. They are his art, indiscipliné, he deploie loin des exigences du canon; il se chuchote, sensuel, au creux de l’oreille.

On n’est jamais seul.es when frequently les projets d’Antoine. Le thème de la rencontre, du dialogue, de la mise en commun des expériences y est omniprésent. Sur scène comme dans la salle, c’est la même question: serons-nous solidaires? Face au cynisme, aux cataclysmes, aux peines d’amour, bref à la perte de contrôle, serons-nous capable de nous faire confiance? Lui, grand optimiste, croit que oui et s’active à nous le prouver. Yes, avant de lire cet article, you never understood parler d’Antoine Côté Legault, this peut-être seems to be the one who took care of weaving the liens between the disciplines and supporting the artists who nurtured them so that tous et toutes and trouvent leur place, leur bonheur. Et il conclut : « C’est fundamental, cette capacité à chausser d’autres souliers. » Cela pourrait passer pour une évidence: Sortir de soi est le primer geste de la création. Ensuite, il suffit de vouloir jouer.

***

Toutes les photos ont été prizes avec a Pentax ME sur film Kodak Portra 800 et développées par David du Café Obscura, à Sudbury.

Chloe LaDuchesse
Chloé LaDuchesse is the author of Furies et Exoskelettedeux recueils de poésie parus chez Mémoire d’encrier, et de The Sudbury Arsonista roman noir paru chez Héliotrope.

Photo by Antoine Côté Legault : © Sylvain Sabatié
Toutes les autres photos : © Chloé LaDuchesse
Chloé LaDuchesse photo : © Bennett Malcolmson

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