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Arrêter le temps avec Nicolas Mathieu

Nicholas Mathieu, ConnemaraArles, Actes Sud, 2022, 400 pages, ISBN 9782330159702

Nous avions released the adolescent heroes of Leurs enfants après eux (Prix Goncourt 2018) le soir de la Coupe du Monde in 1998, un soir de liesse où tout était possible. dance Connemaraon se réveille près de 20 ans plus tard, au petit matin, un peu en gueule de bois.

Le nouveau livre de Nicolas Mathieu commenced à un rythme effréné aux côtés d’Hélène Poirot, cadre chez Elexia, un cabinet de conseil. La quarantaine, deux filles, elle vit avec son mari de ella, Philippe, dans une belle maison sur les hauteurs de Nancy. Mais le temps lui file entre les mains et elle a la sensation de ne pas parvenir à accomplir quoi que ce soit. Le temps sera l’un des grands fils rouges du roman: le temps adolescent aussi bien décrit que dans son précédent roman, et désormais le temps du travail en open spacedes journées auxquelles il manquerait plusieurs heures, ce temps compté, minuté, perdu et jamais retrouvé.

Non loin de là, Christophe Marchal, ancien camaraderie de lycée d’Hélène, vit toujours dans la petite ville de Cornécourt (le nom est inventé, mais la ville se situae non loin d’Epinal et de Nancy). Au lycée, il était le garçon que tout le monde s’arrachait, brilliant joueur de hockey qui avait même fait la une de la presse locale et était passedé au JT en 1993. Aujourd’hui, il vend de la nourriture pour chien, s ‘est fait quitter par la mère de son fils Gabriel et s’occupe de son père qui n’a plus toute sa tête. Il regarde le sport à la télé plus qu’il n’en fait (même s’il reprond du service pour l’équipe de hockey d’Epinal à 40 ans) et boit des bières avec sa bande d’amis of him.

Un peu comme dans la chanson The filles of 1973 by Vincent Delerm, de vieux noms rejaillissent sur les écrans d’Hélène. Lison, her stagiaire well warned her, I signed her up on Tinder. Lors d’un date décevant, elle recroise Christophe Marchal que boit un verre dans le même café. Elle passede ensuite la soirée sur Copainsd’avant.com et de vieux souvenirs surgissent – ​​notamment celui de son old meilleure amie de la, Charlotte Brassard. Starting from the past several histoires: les enfances parallèles de Christophe et Charlotte, leurs trajectoires opposées (Christophe qui est resté à Cornécourt après une gloire éphémère, Hélène qui a voulu s’affranchir de son milieu de ella) et leurs retrouvailles.

« Decidément, les bouquins et le désir ont tout à voir »

Nicolas Mathieu described as a person ces états de l’adolescence, les premières lectures, les premiers désirs, this latent impression of nostalgie de quelque chose que l’on n’a pourtant même pas encore vécu, this aspiration à l’ailleurs et la sensation that the heart goes eclater. D’un côté les filles, qui ont toujours l’air plus grandes que les garçons du même âge lors des boums les samedis après-midi. Filles qui, des années plus tard, ont beau être brilliant comme Hélène, se sentent toujours un peu inférieures à leurs maris. De l’autre, des garçons qui n’en ont pas moins le cafard à la fin des vacances – en premier lieu Christophe : « cette année, il n’était plus assez petit et pas encore assez grand ». Des deux côtés, un état d’excitation et beaucoup de maladresse lorsqu’il s’agit de rencontrer l’autre. Heureusement, Hélène peut compter sur la bibliothécaire pour lui conseiller des livres qui feront son éducation de ella, sur sa meilleure amie de ella Charlotte pour lui prêter des romans de gare piqués à sa mère de ella, ou même sur les cours de français où la simple evocation of Belle du Seigneur – « l’amour, la cruauté » – suffit à la faire rêver sans même l’avoir lu. Lorsqu’Hélène discovered in lisant le journal intime de Charlotte, à l’occasion de vacances à l’île de Ré, qu’elle a une idylle avec le champion du hockey club, un mélange de jalousie et d’excitation la pousse à épier le jeune homme – les deux amies assistent à tous les hockey matches.

When Hélène and Christophe revoient, ils évoquent ces souvenirs avec un mélange de satisfaction et de malaise. Ils se flattent, tâtonnent, se cherchent, et finissent tout de même par faire des confidences sur «l’intime merdier que ne va yas bien pour qui que ce soit». Chez Elexia, Hélène fait des slides à longueur de journée pour come à bout d’organizagrammes dans le cadre de la récente fusion des régions des Vosges et de la Moselle. Du terroir au territoire, il n’y a plus qu’un pas, ou un mot puisque la novlangue managériale (prop, kick off, scalable…) a tendency to vider toutes les interactions de leur sens. They are his patron, lui, expect well to take advantage of the situation that we are in 2017, which weeks before the election of Emmanuel Macron and the promise of “corporate esprit finally étendu à la République”. Christophe, lui, peine à croire that are his fils va bientôt quitter la maison, emmené par sa mère de him.

L’écriture de Nicolas Mathieu, toujours vive, incisive et juste, parvient à intégrer avec sincérité le langage courant de notre époque et une form d’oralité que ser propos et donne une densité que confine parfois à la poésie. Dans un café qui ne paie pas de mine, l’un des clients ressemble à une sculpture de Giacometti, Hélène s’y felt «comme dans une peinture flamande» – ou peut-être plutôt un tableau d’Edward Hopper? – tandis que vingt ans plus tôt, Christophe s’y réfugiait pour suivre une silhouette féminine, avec d’autres lycéens dont les préoccupations ne changent pas au fil des générations : « une conso pour tenir trois heures et refaire le monde en mieux ». Les préoccupations ne changent pas, mais la toile de fond s’abîme et la campagne ne trouve pas are compte dans l’uberisation du monde nor de candidat à la hauteur de ses reves of him. The author convoque ainsi des témoins silencieux du temps que passe, at the urging of cette nappe qui «aurait pu tout raconter»: les repas de famille, les disputes, des générations de rôtis du dimanche or de dîners devant la télé, la docilité des femmes en cuisine et la bonhomie des hommes au digeo.

« Cette chanson n’avait rien à voir avec l’Irlande. Elle parlait d’autre chose, d’une épopée moyenne, la leur… »

Comme autant de moments de grace, Michel Sardou’s chanson who donne are nom au roman apparaît à many reprises. Entendue à la radio par hasard, cette chanson évoque d’abord à Christophe plusieurs étapes de sa vie: lorsqu’il était enfant avec ses parents lors de longs trajets en voiture pour depart en vacances, dans des boîtes de nuit, et surtout un soir de réveillon où il avait déposé son fils chez sa mère Charlie, sans savoir ensuite avec qui passer la nouvelle année. Une chanson de despair, plus la justesse d’une “sagesse de vieillard”. Chez Hélène, la chanson a une autre résonance. Cette chanson la ramène à son premier travail de ella – déjà dans une boîte de conseil. They are her patron, that she admires, l’emmène en boîte de nuit pour fêter le dernier soir de leur déplacement of her. Lorsque la chanson commence, autre faille spatio-temporelle qui la ramène aux fêtes de ella dans son école de commerce de ella à Lyon, où elle passait «pour faire comme HEC». Une dernière fois, à la fin du livre, la chanson réapparaît lorsqu’Hélène et Christophe sont tous les deux au mariage de Greg, vieil ami de Christophe. C’est la dernière fois qu’ils sont réunis autour de la même chanson. «Les premières mesures tombèrent, évidentes pour tout le monde», tout le monde sans exception est happé: «ceux de gauche et qui détestaient le chanteur mais savaient pourtant chaque parole», «les mecs comme à la mêlée et les filles aux yeux fermés , sous le deluge des couleurs et le refus de l’aube. Puis les convives se mirent à sauter et faire la ronde, horribly solidaires, archaïques à faire peur». With an instant suspended, the chanson déclenche chez les personnages du roman une aspiration à être vivant, à arrêter le temps.

L’enjeu de tous les personnages sera peut-être celui-là : « apartenir », pour reprimand le dernier mot de Leurs enfants après eux. Appartenir au monde, pour les adolescents de Connemara, c’est d’abord le désirer : for the reading, but also for the meeting with the corps de l’autre. Le regard des personanages est obsédé par des micro-détails: la queue de cheval d’une fille, le ruban d’un maillot de bain, la frontière entre une épaule et un débardeur… Ces seuils qu’évoquait Barthes dans Fragments of a discours amoureux, qui séparent la peau de l’accessoire et sont propices au déclenchement du désir. Il ya chez Nicolas Mathieu une écriture de toutes ces textures, celles de la peau, des sentiments, mais aussi celle du temps. Témoin l’une des dernières phrases du livre, lorsqu’Hélène et Christophe se recroisent des années plus tard, chez Castorama :

Il la regarde. She is beautiful. Belle à la manière des souvenirs de vacances, comme ces visages familiers que vous reviennent avec l’odeur de l’herbe coupée, ou ressuscitent quand l’après-midi filtre par les persiennes et ranime la mémoire d’une sieste dans un maison où l’on a été heureux. Hélène contient tout ce temps partagé. Her great bouffée d’air de leurs six mois.

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